Louis RIMBAULT, le naturanarchiste.

Publié le par etrelibre



"Ici, le végétalisme est un plein exercice et le végétalien, accompli, faisant enseignement, par l'exemple, de ses propres libérations, ne répondra plus aux péoccupations partisanes, aux "Actions de masses" qui ne s'attaqueront pas aux néfastes sollicitations du faux-besoin et qui, non seulement, légitiment le Capitalisme, sous tous ses aspects, mais favorisent, fatalement, l'éclosion des conflits, nationaux et mondiaux, de même que les "déplacements de frontières" par la violence aveugle des revendications des ventes, en folie, des riches et des pauvres.
Le Naturarchiste n'en est plus seulement qu'à l'idée de bien faire, mais aux moyens termes et définis ; les mauvais bergers le sachant bien, c'est aux brebis, qu'on nomme les "cochons de payants", de choisir et d'agir surtout."

Cette formulation définitive illustre bien la détermination qui a animé Louis Rimbault.

Né à Tours le 9 avril 1877, dans une famille pauvre de huit enfant dont le père est alcoolique, Louis Rimbault est ouvrier tôlier.
Attiré par les "Milieux libres", il vit quelques temps à Bascon (aisnes) avec Georges Butaud et Sophia Zaïkowska, au contact desquels il devient végétarien.
"(...) le budget de la colonie était difficile à boucler par les exigences coûteuses et les pratiques démoralisantes des buveurs de vin, de bière, de café, de thé, par les mangeurs de viande de boucherie, de charcuterie, de poissons, de volaille, de conserves, par les gourmands d'oeufs, de lait, de fromage, de chocolat, de pâtisserie, de confiserie, etc., etc. Ces faux besoins plaçaient les colons dans l'obligation de recourir à leur propore exploitation, au tapage ou à des expédients peu dignes d'hommes vivant pour l'exemple de libération".

La recherche de la satisfaction des besoins "naturels" en autosuffisance, grâce à l'exclusion des "faux besoins" est au coeur de la théorie développée par Rimbault, et guidera l'expérience de "Terre libérée". Comme Butaud et Zaïkowska, Rimbault considère la réduction de besoins individuels comme le moyen de s'affranchir de la logique de production et de consommation.

Plutôt que la révolution, Rimbault prône l'évasion. Dans le but de permettre aux naturanarchistes de rompre immédiatement avec leur position de producteur/consommateur au sein de la société capitaliste, les naturiens animent une Ecole pratique végétalienne à Bascon dès 1917. En 1922, Rimbault colabore au journal le néo-naturien qui prône un retour à la nature par le biais de l'alimentation. Dans les années 20, il participe à la formation au végétalisme des anarchistes qui quittent l'Europe pour l'Amérique Latine.
Rimbault a alors l'idée de créer une "Cité". Il est décidé à rompre avec des comportements "qui ne peuvent être dictés que par des appétits de bourgeois mal éduqués".

"Que l'individu puisse, en se libérant définitivement, se suffire à lui-même sans le secours de l'industrialisme qui restreint plus la liberté et l'individualité qu'il en donne."

En 1923, il annonce dans le Néo-Naturien (le journal dont il est le pricipal animateur) son idée de fonder une Cité végétalienne. De ce projet naîtra "Terre Libérée", à Luynes. Le meilleur chemin de la Libération reposera sur trois piliers : la libération morale, la libération physique, et la libération économique. 10 hectares de de bonne terre situés sur un coteau abrité sont acquis par la société crée par Rimbault pour 16000 francs. Le 18 février 1924, les pionniers arrivent, ils ont déboursé 3000 francs chacun. De nombreuses mésaventures marqueront la vie à "Terre Libérée", qui acceuille 20 adultes de manière permanent et de nombreux végétaliens de passage. Rimbault y meurt à 72 ans, le 10 Novembre 1949.

La Libération individuelle hygièniste (eugèniste ?).

"Les plus belles pages de l'Histoire révolutionnaire n'ont été inspirées que par l'acte individuel ; il n'y a rien à attendre des foules. Travailler à la régénération de l'individu pour l'amener à la perfection de son être et du milieu, voilà le seul acte révolutionnaire qui compte.
Les naturarchistes voient dans leur mode de vie le moyen de libération individuelle comme de "regénérescence de l'humanité entière". Le végétalisme est conçu comme la solution, le but ultime à atteindre. Il faut donc répandre non pas le végétarisme mais le végétalisme qui "ne conçoit pas qu'on évolue à moitié". C'est-à-dire qu'on ne consomme ni viande, ni lait, ni beurre, ni fromage ou oeufs. Mais également que l'on renonce, du moins dans la vision de Louis Rimbault à de nombreux autres aliments toxiques comme le café, le thé, le vin, le tabac, etc. Son végétalisme n'est pas seulement une astreinte alimentaire mais implique toute une hygiène.

Des positions hostiles au "progrès".

Louis Rimbault prône, comme beaucoup d'anarchistes de l'époque, un retour à la terre, qui consiste notamment en un refus de l'industrialisation. "Terre Libérée" a enseigné toutes les techniques utiles à la vie rationnelle, libre et solidaire, sans le recours de la machine et de matériaux neufs, afin qu'un homme puisse vraiment se libérer sans le secours des moyens coûteux de la technique industrielle contemporaine".
Louis Rimbault développe en celà un projet radicalement opposé à la collectivisation des moyens de production.
Au delà, par l'usage de la disctinction vrai/faux besoins, Rimbault suggère en quelques sortes le retour à un mythique état de nature, idéalisant un homme primitif végétalien. Bien sûr, il n'est pas question de revenir à "l'état intellectuel primitif", mais de s'inspirer d'une vie alimentaire rationnelle, saine et naturelle qui permet une vie libre et harmonieuse.

Des positions hostiles à l'idée de révolution.

"Quand l'homme a compris que le milieu économique, social, ne peut-être transformé par son vouloir;que son idéal ne peut y être réalisé, de ce jour il doit chercher à s'en évader. Il ne se considère plus que comme un prisonnier, comme un pauvre, comme un misérable isolé qui veut se libérer de l'opression, de la misère, de la solitude. Il n'ets plus solidaire du reste du monde bourgeois ou ouvrier, il prépare son évasion pour gagner un terrain sec où il ait le pied sûr pour qu'il puisse fonder sur le roc l'association économique, sociale, résultat du groupement des évadés."
 
"Après un tel énoncé des forces destructives de la vie  et du plus pur parasitisme, sur lesquels s'appuient tout Capitalisme et l'Etat mangeurs d'hommes, on se demande vraiment par quoisont encore sincères les soit-disant révolutionnaires qui abhorrent l'Etat et jurent la perte du Capitalisme sans penser, en rien que ce soit, changer les conditions de vie des hommes, mal instruits sur la nature de leurs vrais besoins, pauvres dupes qu'ils jetteraient aux barricades "POUR QUE CA CHANGE" !?"

Publié dans cerbo

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